Anachronisme

TimHorton

Photo: Sébastien Raboin

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’évènement Photographitis qui eut lieu le 18 novembre 2014, co-organisé par le photographe Sébastien Raboin et Les Pelleteux d’images. Il s’agissait d’écrire un texte inspiré d’une photo de Sébastien Raboin. J’ai choisi celle-ci.

Y es-tu déjà retournée? Sûrement pas. Quel intérêt. Moi oui, une fois, il y a 10 ans. J’étais allé prendre une grande marche dans notre quartier d’enfance. C’était très tôt le matin, à cause du décalage horaire. Il devait être 4 heures. Je n’arrivais plus à dormir. Je revenais d’Europe et j’étais resté une nuit chez mes parents avant de prendre la route vers ce qui est maintenant devenu mon cher coin de pays.

Ça devait faire 20 ans que je n’avais pas marché dans ces rues. Tu te souviens toutes les marches qu’on y prenait?

Je me suis aventuré jusqu’à l’autre côté des tracks, en passant sous le viaduc, puis à travers le UAP-NAPA. J’ai marché jusque devant chez ta mère. J’y suis resté un bon moment. Là. Planté sur le trottoir, devant ce qui était alors chez toi et aussi un peu chez moi. J’ai griffonné un mot à ton égard sur un bout de papier que j’ai coincé dans la porte. Puis, j’ai continué mon chemin…

Au retour, je suis passé devant le Tim Hortons. Celui sur Hochelaga, en face de la base militaire. Je l’avais oublié celui-là. En me retrouvant devant, j’ai été happé. Je suis entré. J’ai pris un café et je me suis assis à la même table qu’à l’époque.

J’ai pleuré.

Combien d’heures avons-nous passées à niaiser là, l’hiver surtout parce qu’à -1000 il n’y avait pas d’autre endroit pour se retrouver au chaud à notre âge dans ce quartier misérable. Combien de cafés y avons-nous bus, combien de cigarettes y avons-nous fumées? Tout ce temps passé et perdu à fuir le foyer familial et nos parents. Ostie qu’on avait hâte de partir en appart ensemble pour avoir la crisse de paix. Pour fumer pis baiser en paix, chez nous, plutôt que de se payer des forfaits siestes dans les motels cheaps du quartier.

Fuck, ça fait 30 ans. Il me semble que c’était hier encore que j’entendais mon père me raconter des histoires vieilles de 30 ans, des histoires de la 2e guerre mondiale. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour je serais moi-même habité de souvenirs aussi lointains.

Parlant de mon père. Il a 84 ans maintenant. Sais-tu qu’aujourd’hui c’est lui qui va manger seul, chaque midi, à ce même foutu Tim Hortons? Celui sur Hochelaga, en face de la base militaire.

Enfin …

Et toi, sur cette photo? Oui, toi, là, dans ce Tim Hortons des temps modernes avec WiFi et fumeurs de plein-air, qui es-tu à brasser ainsi mon passé? Quelle est ton histoire? Qu’attends-tu au juste? Quels seront tes plus chers souvenirs dans 30 ans?

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